Le premier assistant caméra, il s'occupe de la caméra, que tout marche bien, que le chef il ait tout ce qui lui faut quand il lui faut, mais surtout, le 1er assistant caméra (on dit aussi "pointeur"), c'est çuila qui fait le woinpe. Ahah ! Qu'est-ce que c'est que ce truc, le "woinpe" ? Le "woinpe", c'est nos ados chéris qui causent comme ça, nous, les adultes, on parle plutôt de "point", de mise au point même. Je me propose donc d'expliquer rapidement en quoi cela consiste, et si comme moi vous avez parlé de ce blog à tout votre entourage, et donc aussi à vos grands-mères, je vais m'adresser à ces dernières, en partant du principe que c'est d'elles qu'il sera le plus tendu de se faire comprendre.
Pour expliquer la nécessité de la mise au point, il faut parler de focale, et à mémé, c'est pas facile. Bon, celles et ceux qui m'auront fréquenté de plus ou moins près tout au long de ce magnifique tournage n'auront pas manqué de remarquer que j'aime bien le foot. Ce qu'il en ressort ne vole il est vrai jamais très haut, mais là on va pouvoir essayer de s'en servir autrement que pour rigoler, s'insulter ou décorer les claps (je balance : la photo de Ribery, c'était Gabz et Farid). Au foot donc, on, peut avoir, sur le même petit écran, le stade de France, alterné avec le gros plan d'un type qui met un coup de boule dans le torse à un autre. Il y a donc des caméras qui peuvent filmer un stade entier et d'autres qui permettent de détailler une bosse sur un crâne. Et pour filmer cette bosse, il est aisé de s'imaginer que le caméraman n'a pas été se balader entre les joueurs. Il est resté bien sagement sur le bord du terrain. La différence dans cette échelle de plan, c'est la focale. Y'a des focales qu'on dira courtes, qui ont un grand champ de vision, et permettent les vues d'ensemble, et d'autres, les longues, dont le champ de vision est tout petit, pour filmer les détails. Le problème, c'est que ces longues focales, ça devient vite flou si c'est mal réglé. Et là je me rends compte qu'il me faut absolument introduire une autre notion, au moins aussi primordiale que la 1ère, c'est celle de netteté. Oulala, ça c'est chaud, on est mal barrés.
La netteté, ou plutôt l'absence de netteté, c'est quand y'a marqué "non facturé" sur une photo qu'on a donné à développer à la Fnac. Une photo "non facturée", ça veut dire, en général, qu'elle est floue, et que la personne qui l'a prise a déconné au niveau de la mise au point. Donc il fallait faire quelquechose pour qu'on facture la photo et qu'accessoirement elle soit regardable. Ce quelquechose, c'est faire le point. Sur les objectifs, en photographie comme en cinéma, il y a des graduations, qui vont de 30cm à l'infini, et il faut constamment afficher la distance qui sépare le sujet de l'objectif. Sans ça, c'est la merde, c'est flou. Voilà, on y est. 1er assistant caméra, c'est comme si y'avait un gars qui venait régler la netteté à chaque fois que vous faites une photo (c'est qui çuila ? non laisse, il fait le point et il se barre).
Mais pour vraiment vous faire goûter aux délices du job, une 3ème notion (c'est bon, c'est la dernière) me semble devoir inévitablement être évoquée. Je veux parler de la profondeur de champ. Ouais. Quésako ? Je la fais simple : la profondeur de champ, on pourrait dire que, pour le 1er assistant caméra, c'est de combien il peut être à la rue sans que ça se voit. En effet, quand on place le point à 2m, en fait c'est net disons de 1m80 à 2m30, par exemple. Cette fourchette, c'est la profondeur de champ, qui fait que, quand elle est importante, pour nous, c'est du couscous. Y'a des fois sur ce film, c'était net jusque Poitiers. Sauf que bien sûr, cette profondeur varie. Evidemment. Rien n'est jamais acquis en ce bas monde. Et plus le plan est serré, et plus la profondeur elle devient toute riquiqui. Ca se voit à notre air sur le plateau : il change. Tout d'un coup, on est tout concentré. On fait le point sur Gaël qui arrête pas de bouger, l'enflure, et c'est net de 1m98 à 2m03. Wash...
Voila. On pourra donc pour résumer lier nos 3 notions du jour : l'assistant caméra doit faire ce qu'il peut pour se balader dans la profondeur de champ, là où c'est net, et c'est plus ou moins dur selon la focale utilisée.
Ça a l'air de rien mais y'a des gars qui se font virer pour ça, tout d'un coup on peut vraiment se demander ce qu'on fout là. Mais sur le film de Lola, je vous rassure, j'ai toujours su ce que je faisais là, non qu'il n'y ait pas eu 2 ou 3 plans un peu chauds, mais parce que vraiment, sur le film de Lola, tout le monde était adorable et a bien pris soin de son 1er assistant caméra chéri. Ah ouais, c'était top, j'ai même eu ma photo à la feuille de service ! (pas pour les services rendus, faut pas pousser, c'était pour mon anniversaire, mais enfin quand même). Bon, je m'égare, j'arrête là, comme va bientôt s'arrêter ce film qui nous conforte dans notre idée que vraiment on voit pas, et là je parle pour tous les postes d'un tournage, ce qu'on pourrait faire d'autre. (être au chomage peut-être).
Malik B., Paris